Tension artérielle : ce n'est pas la salière, c'est le pain
En France, le sel vient surtout du pain et de la charcuterie, pas de la salière. Ce que disent l'Anses et l'Inserm sur la réglisse, la caféine et la tension.

Quand la tension monte, le premier réflexe est de regarder la salière posée sur la table. C'est presque toujours la mauvaise piste. L'hypertension artérielle ne se sent pas : l'Inserm rappelle qu'elle est souvent découverte de façon fortuite et tardive, faute de symptômes révélateurs. Ce qui pèse réellement, ce sont des produits du quotidien que personne ne range dans la catégorie « salé » ou « excitant » — le pain du matin, une confiserie à la réglisse, un pastis sans alcool, une canette prise avant le sport. Voici ce que disent l'Anses et l'Inserm, et par quoi commencer.
Le sel ne vient presque jamais de la salière
L'Anses est explicite sur ce point : en France, compte tenu de nos habitudes alimentaires, la plus grande partie du sel consommé provient d'abord du pain et des biscottes, puis de la charcuterie, des condiments et sauces, des plats cuisinés, des fromages, des soupes et potages, ainsi que des quiches et pizzas. Autrement dit, l'essentiel de l'apport est déjà dans l'aliment au moment où on l'achète.
L'agence ajoute deux choses utiles. D'abord que la consommation totale de sel des Français est bien supérieure aux recommandations de santé publique. Ensuite que l'excès de sel est aujourd'hui reconnu comme un des facteurs de risque de l'hypertension artérielle, et par conséquent des maladies cardiovasculaires. Ses trois conseils tiennent en une ligne : limiter les aliments les plus salés, lire les étiquetages, et limiter les ajouts de sel pendant la préparation et à table — dans cet ordre, la salière arrivant bien en dernier.
Réglisse et boissons énergisantes : deux faux amis
La réglisse n'est pas qu'un bonbon noir. Ses extraits aromatisent aussi les boissons anisées, alcoolisées ou non, comme le pastis, certaines tisanes dites digestives et des compléments alimentaires. Le mécanisme décrit par l'Anses est précis : dans l'intestin, l'acide glycyrrhizique est d'abord découpé par les bactéries intestinales en acide glycyrrhétique, et c'est ce métabolite qui passe ensuite dans le sang, où il produit des effets proches de ceux de l'aldostérone et augmente la réabsorption du sodium au niveau rénal. Le résultat porte un nom, le pseudohyperaldostéronisme, et se traduit par une hausse de la pression artérielle et une baisse du potassium sanguin pouvant provoquer des troubles du rythme cardiaque. Les signes, quand il y en a, sont banals : maux de tête, crampes, douleurs musculaires.
L'Anses a fixé en 2025 une valeur toxicologique indicative de 0,14 mg d'acide glycyrrhizique par kilo de poids corporel et par jour, soit environ 10 mg par jour pour une personne de 70 kg. Dans l'ensemble de la population adulte, 7 à 9 % dépassent ce repère et trois quarts des adultes n'y sont même pas exposés par l'alimentation courante. Mais chez les seules personnes qui consomment réellement des produits à la réglisse, l'agence estime que près de 60 % des adultes dépassent la valeur. Chez ces adultes, les principaux vecteurs sont les boissons alcoolisées (environ 65 à 70 %), les confiseries (16 à 18 %) et les thés et tisanes (7 à 16 %). Point important si vous êtes déjà traité : la réglisse limite l'efficacité des médicaments antihypertenseurs. La réglementation européenne impose d'ailleurs sur les confiseries les plus concentrées la mention « contient de la réglisse – les personnes souffrant d'hypertension doivent éviter toute consommation excessive », juste après la liste des ingrédients.
Les boissons énergisantes posent une question différente. L'Anses les décrit comme des sodas enrichis en caféine, avec une teneur équivalente en moyenne à deux expressos par canette. Son dispositif de nutrivigilance a recueilli 257 signalements, dont les symptômes dominants étaient cardiovasculaires : oppression ou douleurs thoraciques, tachycardie, hypertension, troubles du rythme. L'agence recommande d'éviter la consommation de ces boissons en association avec l'alcool ou lors d'un exercice physique. Là encore l'étiquette parle : au-delà de 150 mg de caféine par litre, la mention « teneur élevée en caféine, déconseillé aux enfants et aux femmes enceintes ou allaitantes » doit figurer dans le même champ visuel que le nom de la boisson.
L'étiquette avant la salière ?
- Comparez deux étiquettes, pas toute la liste de courses — Prenez le pain et la charcuterie que vous achetez chaque semaine et regardez la teneur en sel pour 100 g de deux marques. C'est là que se joue l'essentiel de l'apport, et c'est le seul changement qui ne demande ni cuisine ni privation.
- Repérez les deux mentions obligatoires — « contient de la réglisse » et « teneur élevée en caféine » sont imposées par la réglementation. Elles ne sont pas sur la face avant du paquet, mais juste après la liste des ingrédients ou à côté du nom du produit. Deux secondes de lecture suffisent à savoir si le produit vous concerne.
- Mesurez chez vous avec la règle des 3 — L'Inserm décrit l'automesure tensionnelle ainsi : 3 mesures le matin, 3 le soir, 3 jours de suite, au calme. Une mesure isolée ne veut rien dire, et certaines personnes ont une tension normale au cabinet mais élevée à domicile. Apportez le relevé à votre médecin plutôt qu'un chiffre unique.
Quand appeler le 15
Les repères chiffrés de l'Inserm sont utiles à connaître. On parle d'hypertension artérielle à partir de 140 mmHg de pression systolique ou 90 mmHg de diastolique, sur plusieurs mesures répétées ; l'HTA de grade 3 correspond à une systolique supérieure ou égale à 180 mmHg et/ou une diastolique supérieure ou égale à 110 mmHg. Les poussées hypertensives brutales peuvent entraîner des malaises, de violents maux de tête ou des difficultés à respirer. Devant ce type de tableau, ou devant tout signe évoquant un accident vasculaire ou cardiaque — troubles de la parole, faiblesse d'un côté du corps, douleur dans la poitrine —, appelez le 15 ou le 112 sans attendre. Chez une femme enceinte, des mesures dépassant 160/110 mmHg constituent une urgence nécessitant une hospitalisation.
Une précision qui vaut pour tout le reste de cet article : on n'arrête ni ne modifie jamais un traitement antihypertenseur de sa propre initiative. Changer une habitude alimentaire et changer un médicament sont deux décisions différentes, et la seconde appartient au prescripteur.
Le plus raisonnable, si l'un de ces points vous concerne, est d'en parler lors de votre prochaine consultation plutôt que d'ajuster seul : apportez votre relevé d'automesure et signalez ce que vous consommez régulièrement, réglisse et pastis compris. L'Anses recommande explicitement de signaler toute consommation de réglisse aux professionnels de santé en cas de pathologie cardiaque ou rénale, d'hypokaliémie, de grossesse ou d'allaitement — votre médecin ou votre pharmacien saura dire si cela change quelque chose pour vous. Cet article propose une information générale de santé et ne remplace ni un diagnostic ni un avis médical.
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